Manifestations de la goutte
La première crise de goutte n’atteint le plus souvent qu’une seule articulation du membre inférieur (1). La formation des microcristaux est favorisée par une température plus basse, les articulations de la jambe et surtout du pied sont donc touchées de préférence (2). L’articulation la plus fréquemment atteinte est ainsi la 1e articulation (métatarsophalangienne) du gros orteil, exposée aux chocs, mais la crise peut également concerner d'autres articulations du pied, la cheville ou le genou.
Les crises suivantes peuvent toucher d’autres articulations en remontant le membre, et notamment le genou. Parfois plusieurs articulations sont touchées en même temps (on parle alors de polyarthrite goutteuse) et l’inflammation peut alors toucher également les mains, les poignets, les coudes, exceptionnellement la colonne vertébrale (1).
La crise de goutte survient généralement de façon brutale, le plus souvent la nuit (3), et s'étend rapidement en 24 heures.
Les manifestations sont caractérisées par de très fortes douleurs articulaires, même le poids d’un drap devient insupportable. L’articulation apparaît tuméfiée, gonflée, rouge violine (1). Avec la résolution de la crise, sur quelques jours, la peau de l’orteil desquame et peut se détacher comme une pelure d’oignon (1,3). Ces signes peuvent être associés à une fièvre modérée à élevée (jusqu’à 39°C), parfois accompagnée de frissons ce qui fait craindre une infection sévère (1,3). À la fin de la crise, on constate un retour à la normale de l’aspect de l’articulation (3).
À la longue et sans traitement adapté, la persistance d'un taux d’acide urique trop élevé dans le sang (hyperuricémie) entraîne la formation de dépôts de microcristaux non seulement dans les articulations, dans et autour des os, mais également sous la peau, dans des endroits sans rapport avec l'articulation touchée par les crises, notamment au niveau de la partie cartilagineuse du pavillon de l’oreille, du coude (bursite), du gros orteil, du talon… (2,3) Ces dépôts qu’ils soient visibles ou non, appelés « tophus » (qui signifie pierre en latin) s’observent environ 10 à 20 ans après la première crise. Il semble que des examens d'imagerie comme l'échographie articulaire puiss identifier ces tophus avant même leur présence clinique. Les problèmes rénaux, et en particulier les calculs, sont également fréquents chez les personnes souffrant de goutte chronique non traitée (1).
 Tophus du pavillon |
 Tophus au niveau d'un ligament du poignet (contour en pointillés) |
Ce qu'il faut retenir
La crise de goutte se produit le plus souvent dans les articulations du gros orteil, du pied, de la cheville ou du genou. Elle apparaît de façon très brutale et est très douloureuse. L’articulation touchée est gonflée et rouge. À la longue et sans traitement adapté, la persistance d'un taux d’acide urique trop élevé dans le sang (hyperuricémie) entraîne la formation des amas indolores au niveau des articulations et sous la peau. Ce sont les tophus.